mercredi 20 août 2014

Atelier de traduction 3 : Rula Jurdi - Les phases de l'amour - (poèmes traduits de l'arabe )


Les phases de l'amour

par Rula Jurdi

Nous replions une année d'amour
alors que l'été fuit entre le chaos des nuages
hésitant entre le le bleu et les larmes retenues
Les souvenirs se séparent
Les unes des autres
et se dispersent
Comme le café entassé dans
le fond de nos tasses
Bientôt
je sortirai de toi
et tu sortiras de moi
Que dans le silence
soit notre complétude

En moi une ruche
les abeilles à cet instant
se taisent puis bourdonnent
Foncent vers l'espace
Je m'élève d'entre tes mains
Une abeille enlace nos deux lierres
Avec force
Elle absorbe mon eau
Elle découle de ta bouche
Allons-nous lui interdire
de glorifier le Bien-Aimé ?

Sans toi, Ô mon bel amour
La nuit sur moi
tomberait soudainement
Comme des oiseaux affamés
sur le cerisier
Emportant son sang
et sa douceur
sur les lances de ses becs
nouée l'un à l’autre
Elles l'emportent
Laissant sans honte
l'arbre et son corps
dénudé

Ô mon bel ami,
L'année s'est achevé à présent
Prends ta petite personne
Ton front
Et le toucher de tes cheveux
Fuit la colère des Dieux
Qui habite les lieux cossus
Brise les mots devenus inutiles
Que nous ajustions nos passions
À la mesure de nos classes

L'oiseau doit mourir
Avec l'idiome de l'amour
Ne nous attristons pas
ce soir
Car nous sommes arrivés
à la porte du secret
Devant Muhhyil-l-din
Le seaux de Qasiyun
Et sa lettre scellée

Je t'aime en secret
Alors ne tente pas force
Et ne nous divulgue pas
Ce soir, sois faible
Pour moi, ta faiblesse
Est le miel
Du désir

Notre rencontre
Toi et moi
Est une contemplation
Alors quela marié
Affronte la lame
Du couteau
La phase de l'amour
Est proche et profonde
Pour le croyant
Qui prend refuge
Chez Muhyi-l-din

Tu atteindras le sommet
De l'amour
Pareil à Jamil
L'homme qui accepte sa féminitude
Alors que Buthayna
retient ses poèmes
Jusqu'à ce qu'elle
Se confesse
Aujourd'hui la passion
Emporte tout ce qui
Entre nous est caché
Déguisé
Cela comprend les plantes
Les choses et le ventre
Des poissons
Sans peur, elle voyage
Traverse d'autres pays
Vers les pierres ou les cendres
Vers les voiles du coeur
Ô Toi l'habile artisan du papier
Pourquoi n'as-tu pas fendu
Mon amour avec ton encre
Et ne l'as-tu parsemé
Sur des pages de Magnolia ?

Quand la nuit atteint l'ivresse
Je sors de toi
Tu sors de moi
Et le silence nous complète



Traduit par Nadine Ltaif


3
مراتب الحُبّ
نَطوي سنة ً من الحُبِّ
والصّيفُ هاربٌ من فوضى الغيوم
متردِّد ٌ زُرْقَةً ، دامعٌ مقفولْ
تنشَقُّ الذِّكْريات من بعضها وتتناثرُ
كالبُنِّ المكوَّم ِ على أرضِ فناجيننا
بعد قليلٍ
أخرُجُ منكَ وتخرجُ مِنِّي
فلْيكُنْ في الصمتِ كمالُنا

في داخلي قفيرٌ
النحل هذه اللحظة
يَرهو  ويرمُش
يسطِّحُ الفضاءَ
فأعلو بين يديكَ
تشْبكُ ورقتينا نحلةٌ قويّة
تمتصُّ مائي
تنْهلُ من فمِكَ
أنمنعها من التلويحِ أو التسبيح؟

بدونك أيّها الرجلُ الجميلُ
سيتساقطُ اللّيلُ عليَّ دُفعةً واحدة
كهجومِ العصافيرِ الجائعة على شجرة الكرزِ
يحملونَ دَمَها عذبًا
على أسِنَّةِ المناقير المتشابكة
ويُكْمِلون بلا حياءٍ عرضَ جسدها

أيُّها الرجلُ الجميلُ  
انتهتِ السَّنَةُ هُنا
خُذْ طبَقَتَكَ النحيفةَ
وجبهتَكَ وملمسَ شعرِكَ
واهربْ من سخطِ الآلهة في البيوتاتِ العالية
فكِّكْ جملةً لم تعدْ مفيدةً
ولْنُرتِّبْ أشواقَنا على قياسِ طبقاتِنا

على الطيّرِ أنْ يموتَ
مع مفردة الحُبِّ
وعلينا ألاّ نحزن هذا المساء
فها نحنُ الآنَ
عندَ سِرِّ المرتَبة
أمامَ محي الدين
خاتمِ قاسيونَ
وحرفِ  شرقهِ  المكنونْ

أحبُّكَ بالسّرِّ
فلا تساوِرْك بطولة
ولا تبُحْ بنا
الليلةَ كُنْ ضعيفًا لي
فضعفُكَ سُكَّرُ الرغبة
أنتَ وأنا في الحَضْرةِ
والعروسُ عند نَصْلِ سكّين
مرتبةُ الحُبِّ قريبةٌ عميقة
للقانتِ في حفظِ محي الدين

إلى مرتبة الحُبِّ
ستصلُ كما وصلَ جميلٌ
رجلاً قابلاً للتأنيثْ
وبثينةُ  في الأشعار تمتنعُ فَتبوحُ
اليومَ يأخذُ الوجدُ كلَّ ما فينا
ويدخُلُ مُتَخَفِّيًا
إلى النباتِ والجماد وباطن الأسماك
يمضي بلا خوفٍ إلى بُلدانٍ أخرى
إلى الحصى والدخانْ
إلى حُجُبِ القلبْ،  
أيُّها الورّاقُ الماهرُ
هلاّ كسرتَ بِحِبْرِكَ حُبّي
ووزَّعتَه على صفحات المانوليا؟

حينَ يصلُ اللّيلُ الى التُّخمةِ
أَخرُجُ منكَ وتخرجُ مِنِّي
فَلْيَكُنْ في الصمتِ كمالُنا.



Extrait de Ghilaf al-Qalb, (La Peau du Coeur), Nelson éditeur, Beyrouth- Suède, 2013
Traduit de l'arabe par Nadine Ltaif






Rula Jurdi
est professeure associée d'histoire islamique à l'Université McGill à Montréal. Ses publications portent sur l'histoire intellectuelle et socio-politique des sociétés Chiites, incluant des articles, des entrées encyclopédiques et deux livres, le dernier étant écrit en collaboration avec Malek Abisaab. Elle a publié un certain nombre de poèmes dans les journaux libanais, américains et iraquiens. Elle a traduit des poèmes arabe en anglais, incluant ceux de Khalil Hawi, Mahmoud Darwish et Talal Haydar. Son roman Al-Khathâfa (La densité) est publié chez Nelson éditeur (Beyrouth et Suède). Le roman tisse trois histoires de la guerre civile libanaise marquées par le déplacement, l'amour inassouvi et le dérisoire. Son recueil de poésie, Ghilaf al-Qalb (La Peau du Coeur) est publié en 2013 chez le même éditeur. Elle a participé à de nombreux forums littéraires et culturels aux États-Unis et au Canada comme "Al-Andalus, mémoire de la Poésie arabe", à l'Université Yale (1991), la Littérature dans la Traduction et l'Histoire au Collège Skidmore (1996) et "La liberté de créer", par le Cénacle culturel Liban-Québec à Montréal (2013)


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