jeudi 18 août 2016

Paula Modersohn-Becker


Paula Modersohn-Becker
L'intensité d'un regard
Musée d'art moderne de la ville de Paris


 
"Les femmes n'ont pas de nom. Elles sont un prénom. Leur nom est un prêt transitoire, un signe instable, leur éphémère... Elles s'inventent dans un monde d'hommes, par effraction."
Marie Darrieussecq





    
Ni une madame
Ni une odalisque
Ni une maman
Ni une putain
M.D

Paris, la ville qu'elle chérit, lui rend enfin hommage

Jeunes filles et paysannes












"En 1906, Rilke achète un tableau à Paula. Il choisit un petit portrait, d'un très petit enfant, avec de grosses joues qui pendent comme des gouttes, et la main de la mère posée immense sur une épaule." MD


Lettre à son mari
Demain je déménage 65 rue Madame








Lettre à son mari
Demain je déménage 14 avenue du Maine 

Elle meurt d'une embolie après avoir donné naissance à sa fille. À 31 ans









  

vendredi 20 mai 2016

Le documentaire Autour de Maïr de Hejer Charf à l'affiche à Paris le 8 juin 2016


SUPPLÉMENTAIRES : 
AUTOUR DE MAÏR  de Hejer Charf au ciné St-André des Arts :

- samedi 25 juin à 12h50
- mardi 28 juin à 13h (suivie d'un débat avec Hejer Charf et ses invités )
- vendredi 1er juillet à 20h30 (suivie d'un débat avec Hejer Charf et Wassyla Tamzali)
- mardi 5 juillet à 13h (suivie d'un débat avec Hejer et ses invités )



Le documentaire Autour de Maïr de Hejer Charf sera à l’affiche au cinéma Saint-André des Arts à Paris le 8 juin 2016.


La première du film sera présentée par Josyane Savigneau, journaliste au Monde et membre du jury du prix Femina.

Musique par Anne Sylvestre


Scéances : du 8 juin au 22 juin 2016, tous les jours à 13h sauf le mardi et les mardis 28 juin et 5 juillet à 13h. Projections en présence de la réalisatrice et ses invité(e)s.


Événements autour du film
Nadja Productions, avec la collaboration de la Délégation du Québec à Paris, organise deux rencontres sur l'écriture francophone au féminin:

- Débat entre écrivaines québecoises et françaises à la Bibliothèque Gaston Miron, à La Sorbonne Nouvelle, le jeudi 2 juin 2016 à 18h. Invitées : Denise Desaultels, Wassyla Tamzali, Audrey Lasserre et Madeleine Monette.

-Rencontre avec des poètes québécoises à La librairie du Québec à Paris, le samedi 11 juin 2016 à 17h. Invitées : Marie BélisleNora Atalla, Nadine Ltaif et une autre invitée à confirmer.



À propos du film Autour de Maïr
Cofondatrice et première directrice de l’Institut Simone de Beauvoir ( Montréal 1978 ), Maïr Verthuy a ouvert la voie pour que les écrits des femmes soient enseignés à l’université, publiés, lus, traduits. Pendant longtemps, la littérature des femmes a été confinée au privé, au ménager, aux correspondances. L’on prétendait qu’elles ne savaient écrire que des lettres et tenir des journaux intimes.
Autour de Maïr, accompagnées des chansons d’Anne Sylvestre, des féministes, des poètes, des professeures, des écrivaines québécoises, françaises, disent le long et ardu chemin de l’écriture au féminin vers la reconnaissance. Interviennent dans le documentaire, entre autres: Madeleine Gagnon, Jeanne Hyvrard, Wassyla Tamzali, Liliane Kandel, la regrettée Hélène Monette, Martine Delvaux qui évoque la mémoire de Nelly Arcan.
« J’accédais à la littérature en parfaite sauvage.» Jeanne Hyvrard

À propos de la réalisatrice
Hejer Charf est réalisatrice et productrice canadienne d’origine tunisienne. Elle a réalisé plusieurs courts et moyens métrages,
des documentaires et des installations visuelles. Son long métrage,
LES PASSEURS a reçu le Sceau de la Paix de la ville de Florence, Italie. Elle a produit VICTORIA, une fiction écrite, réalisée
et interprétée par Anna Karina. Elle a produit les concerts d’Anna Karina et Philippe Katerine au Québec.






jeudi 19 mai 2016

Printemps tardif


















Est-ce un pommetier ? un prunier ? un cerisier ?
Rencontré rue Saint-Hubert
Montréal



















mardi 22 mars 2016

Une Anglaise en Turquie au XVIIIe






En cette époque où ce qui vient du monde musulman est suspect, je voudrais parler d’une femme dont on ne ne se souvient plus. Cette dame est une lady du XVIIIe siècle. Elle se nomme Mary Montagu. J’ai découvert sa correspondance grâce au roman de Mathias Énard, Boussole. Épouse de l’ambassadeur anglais à Istambul, en 1717, elle décrit la Turquie comme, à ma connaissance, aucun Occidental ne l’avait fait auparavant. En lisant L’Islam au péril des femmes, je découvre une femme généreuse par son regard ouvert sur le monde. L’abondance de ses descriptions, son désir de passionner et d’éblouir ses correspondants par les choses « extraordinaires » qu’elle voit. Car pour de l’extraordinaire, il n’en manquait pas.

Lady Montagu a un tel degré d’empathie qu’elle ne semble plus appartenir à son peuple. Elle dit « votre » et « vos mœurs » en parlant de son Angleterre d’origine.
« J’ai lu votre Homère. Les mœurs orientales éclairent beaucoup certains passages des Évangiles qui nous paraissent bizarres, car elle comportent habituellement des tournures que nous appelons du langage biblique. »
Montagu est séduite, et elle le dit. Elle a la générosité de décrire la Turquie dans ses lettres à ses compatriotes, voulant leur communiquer son émerveillement et aussi, par la même occasion, les désennuyer. Elle va même oser écrire que le goût des Turques est plus délicat que celui des Anglaises. « Je préfère être un riche efendi avec toute son ignorance que Sir Isaac Newton avec tout son savoir. »
« Vous le voyez, ce peuple n’est pas aussi dépourvu de raffinement que nous nous le représentons. » 
Visionnaire et contemporaine à plus d'un égard. 
Ne devrions-nous pas regarder ces pauvres migrants qui échouent pas milliers sur l’île de Lesbos de la même manière ? Ils auraient certainement un raffinement ancestral à nous communiquer.


Lady Montagu lance en filigrane une critique de la société anglaise de l’époque. Un moment fort quand elle est reçue dans un harem. Au lieu des médisances que se chuchotent, dans le dos, les Anglaises de la grande aristocratie et bourgeoisie, elle dit être admirée et accueillie avec tendresse. Elle se trouve elle-même à admirer « les danseuses à demi renversées, qui se reprennent avec un savoir-faire que la prude la plus froide et la plus rigide ne les aurait pas regardées sans penser à des choses qui ne se disent pas. »

C’est lady Montagu qui va importer la science du vaccin contre la variole en l'inoculant à son propre fils et en voulant vacciner sa fille par la suite en Angleterre. Elle va ainsi transmettre cette découverte médicale en Occident.
Ces lettres, écrites avant la période dite orientaliste, sont un précieux et rare témoignage de l’époque de l’Empire ottoman qui, en ce temps-là, vivait une période de paix et de festivités, appelée « L’Ère des Tulipes. » Encore une importation orientale. Que des correspondances comme celles-ci sortent de l’oubli et soient relues pour recréer les ponts détruits entre les mondes musulmans et l’Occident. Pour que les cultures dépassent les identités religieuses et souvent « meurtrières » (relire l'essai d'Amine Maalouf, Les identitées meurtrières)



L’islam au péril des femmes. Une Anglaise en Turquie au XVIIIe siècle
Lady Mary Montagu
Éditions La Découverte & Syros, Paris, 2001



mercredi 2 mars 2016

Projection Autour de Maïr de Hejer Charf -- 7 mars 2016



Projection et débat: film Autour de Maïr de Hejer Charf
-7 mars  à 19h

Événement organisé par Les Filministes

Nous avons le plaisir de vous inviter à la projection suivie d’un débat, du documentaire Autour de Maïr de Hejer Charf, le lundi 7 mars 2016 à 19h, au cinéma de l’UQAM (ancien ONF), 1564 rue Saint-Denis, à Montréal.

Changer le programme: enseigner la littérature des femmes à l’université: Les Filministes vous proposent de réfléchir à la place des femmes et des études de genre au sein de l'enseignement universitaire. 
La projection, avec la présence de Maïr Verthuy, sera suivie d'une discussion avec la réalisatrice Hejer Charf, Chantal Savoie (professeure au département d'études littéraires de l'UQAM), Lucie Lequin (professeure retraitée du département d'études françaises de Concordia) et Mélinda Caron (chargée de cours au département d'études françaises de Concordia). La séance sera présidée par Marion Sénat (candidate au doctorat en études littéraires à l'UQAM).


Synopsis du film:

Pendant longtemps, la littérature des femmes a été confinée au privé, au ménager, aux correspondances. L’on prétendait qu’elles ne savaient écrire que des lettres et tenir des journaux intimes. Cofondatrice et première directrice de l’Institut Simone de Beauvoir (Université Concordia, Montréal 1978-1983), Maïr Verthuy a ouvert la voie pour que les écrits des femmes soient publiés, lus, enseignés, traduits.
Autour de Maïr, accompagnées des chansons d’Anne Sylvestre, des féministes, des poètes, des professeures, des écrivaines québécoises, françaises, disent le long et ardu chemin de l’écriture au féminin vers la reconnaissance.
Interviennent dans le documentaire, entre autres: Hélène Monette, qui vient de nous quitter,  Madeleine Gagnon, Jeanne Hyvrard, Gloria Escomel, Liliane Kandel, Wassyla Tamzali, Benoîte Groult, Martine Delvaux qui évoque la mémoire de Nelly Arcan, Arpi Hamalian, Lucie Lequin, Francoise Naudillon, Saliha Béroual, Celita Lamar, Jeanne Maranda et Howard Scott traducteur de littérature féministe.
« J’accédais à la littérature en parfaite sauvage.» Jeanne Hyvrard

Durée du film: 91 min.

Entrée gratuite


Pour plus d'informations sur le film :
bande annonce :




mardi 9 février 2016

Carol de Todd Haynes

Rooney Mara et Cate Blanchett dans le film Carol



À l'époque où l'homosexualité était sur la liste de maladies mentales en Amérique, Patricia Highsmith publiait un roman, semi-autobiographique, intitulé The Price of Salf (1952) sous le pseudonyme de Claire Morgan. Le livre sera republié en 1990 et sera titré Carol. En 1985, il sera traduit en France sous le titre Les Eaux dérobées. Cinquante ans plus tard et quinze années de préparation le film Carol verra le jour. C'est dire combien, malgré l'émancipation des mœurs, le tabou de l'homosexualité féminine est toujours prêt à refaire surface. 

La célèbre citation de Simone de Beauvoir me revient : "N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question." La menace pèse toujours et la bataille est toujours de taille pour préserver le droit des femmes et des homosexuelles. 


L'histoire d'amour est abordée du point de vue de Thérèse, la protagoniste, qui serait alors la narratrice de l'histoire. 
Comme Thérèse, Patricia Highsmith a été vendeuse durant la saison de Noël au rayon de jouets du grand magasin Bloomingsdale. 

C'est le courage d'une femme mariée qui choisit son indépendance financière, renonce à sa vie bourgeoise, quitte son mari et sa fille pour être fidèle à son orientation sexuelle. 

Le rythme lent du film et le traitement de l'image ajoutent à l'aspect mystérieux, glauque, de même que la musique, tout ceci crée un suspens comme dans un film policier. Le crime étant l'amour entre deux femmes.  

Les personnages féminins sont filmés à travers une vitre de voiture. Certains plans ont la beauté des peintures de Edward Hopper qui a peint l'Amérique des années trente et quarante.

Le film doit beaucoup au jeu des deux actrices qui arrivent à émouvoir le spectateur en explorant le sentiment amoureux et la manière dont les scènes d'amour sont filmées. Jeu de regards, frôlement de corps, sensualité, montée dramatique. 

Le film est scénarisé par Phyllis Nagy et réalisé par Todd Haynes. Joué par deux impressionnantes actrices : Rooney Mara qui a partagé le prix de l'interprétation féminine à Cannes avec Emmanuelle Bercot pour son rôle de Thérèse, et la grande Cate Blanchett. 

Carol de Todd Haynes

Cinéma Forum

vendredi 8 janvier 2016

Boussole de Mathias Enard




Souvent l'écrivain, le romancier ou le poète tente d'effacer les références de ses lectures; Mathias Énard,  au contraire, les cite abondamment. Ce que nous appelons l'intertexte, de même que le palimpseste se trouvent dans Boussole court-circuités et exhibés. Le savoir est mis à nu. L'université entre dans le domaine public. Référence sur référence, le chemin de Damas du narrateur insomniaque avance dans la connaissance de l'Orient. Il tente une guérison par l'amour. Aimer jusqu'au bout de la nuit. Aimer devient un voyage au bout de soi, vers l'autre inatteignable, qui ne lui rendra peut-être pas son amour. Cet amour non partagé avec Sarah, l'héroïne adulée par le narrateur, Mathias Énard va le rencontrer au centuple : prix Goncourt 2015, lecteurs par milliers, entre autres des Orientaux. 
Franz, le narrateur, est musicologue, il essaie de comprendre l'engouement des musiciens occidentaux pour l'Orient. Il se demande que joue Liszt à Istanbul devant le Sultan. Il pense l'art et la mélancolie. Comme Orhan Pamuk qui essaie de comprendre la mélancolie d'Istanbul dans son autobiographie, Istanbul

Voyage initiatique

Perdu dans le désert, les protagonistes sont en quête d'une chose, ils cherchent quoi au juste ? On ne sait si c'est l'éternité, ou comme les croisés, cette fois désarmés, une autre Palestine . Ils sont comme des détectives venus faire l'autopsie d'un Moyen-Orient assassiné. 

En lisant un roman aussi dense, le lecteur cherche parfois un mot-clé pour ouvrir la porte de l'oeuvre. Un mot, ou bien une phrase. Je le trouve à la page 183, parlant des orientalistes, de Hugo à Balzac, de Germain Nouveau à Goethe... : "Peu importe leur rapport avec un soi-disant Orient réel..." Le mot "soi-disant" . Il s'agit de se raconter toujours, de se projeter dans l'autre. 

Le lecteur poursuit sa lecture et puis s'embarque dans un 4X4 à travers le désert. Il croise Stendhal ou Chateaubriand, Lamartine et les autres écrivains européens venus chercher leur salut. Ils ramassent des dates historiques, tombent sur des espions ou des espionnes. "Méfie-toi des histoires des voyageurs, écrit le poète iranien Saâdi dans le Golestân car ils ne voient rien." En effet, on est loin d'un film documentaire. Tout est perçu à travers un "reflet". Et l'on entend miroir. Tout est filtré. Le personnage de la littérature arabe auquel s'identifie immanquablement le narrateur est Majnoun, Qays, le Fou de Leyla. Aragon avait été séduit par ce personnage de légende. 

L'un est nourri par l'autre. L'Orient par l'Occident, et inversement : "L'Orient et l'Occident n'apparaissent jamais séparément, ils sont mêlés, présents l'un dans l'autre. Ils sont vers ce qu'ils tendent, inatteignables l'un ou l'autre." 
C'est ce que découvrira l'écrivain au fil de ses lectures. 
"Les Orientaux n'ont aucun sens de l'Orient. Le sens de l'Orient, c'est nous, les Occidentaux, nous les roumis qui l'avons" écrit Lucie Delarue-Mardrus, romancière, poète, amante de Nathalie Barney, femme de Joseph-Charles Mardrus, l'illustre traducteur des Mille et Une Nuits.

Comme Proust luttant contre le temps et prenant la plume chaque soir, les Mille et Une Nuits s'écrivent. Mathias Énard essouffle sa nuit d'insomnie en rêvant en une seule nuit à l'histoire d'amour de son narrateur pour une femme qui aime le même lever de soleil.


Boussole par Mathias Énard, Actes Sud, 2015, 384p.