vendredi 3 janvier 2020

L'esprit de famille de François Beaune

La situation dramatique au Liban m'a poussée à m'intéresser plus particulièrement aux mentalités et aux structures sociales de ce pays. Quand je réussis à me rendre à une librairie, je tombe sur un livre de François Beaume, L'esprit de famille. 77 positions libanaises (Élyzad, 2018). Vendetta, clanisme, mafia, " C'est la famille qui est l'État au Liban, comme en Sicile". 
Invité par la Maison des Écrivains de Beyrouth (Bayt el-Kottab), l'auteur va s'intéresser à tout ce qui fait que les Libanais en sont arrivés à cette désastreuse paralysie qui sévit au pays aujourd'hui.  Et c'est bien au noyau de base qui forge la vie des Libanais, qu'il s'attaque : le noyau familial. La famille dicte tout à son enfant : " Je vais te dire, pour moi Afifé, ce que c'est, la famille ! La famille, c'est violent...le bébé tu te le fais kidnapper pendant un mois par ta mère, les soeurs, toutes les cousines....Pendant un mois ton enfant est pour les autres. " (il me semble avoir déjà vécu ça).

Le mérite de ce livre est qu'il représente un document, comme un documentaire, il n'aborde pas la question par des généralités. On peut enfin mettre des mots sur les maux des Libanais. Je répète : comment en sont-ils arrivés là ! C'est par les voix individuelles, que nous apparait le portrait de la société libanaise, dans sa diversité, ses appartenances religieuses et ses classes sociales. 

Plusieurs sujets sont traités : les réfugiés syriens, les immigrés libanais en Afrique et à travers le monde, toujours à partir d'exemples de personnes rencontrées. François Beaune raconte tout. Tantôt avec humour, ironie, mais toujours avec humanité.

Le clou du bouquin est la 39ième "position". La 39ième personne rencontrée, c'est Perla, l'écrivain réussit à l'esquisser, en imitant son accent, son attitude, son burlesque; et la lectrice que je suis ne peut se retenir de rire de plaisir : "En fait ce que j'adore c'est les sports d'adrénaline, les sports extrêmes, le zipline à Hawaï, je fais Jane Tarzan, ...Je fais des tiramisus meilleurs qu'en Italie." Le ton est donné.

En lisant le livre de Beaune, j'ai pensé à Sélim Abou*, bien connu pour ses recherches en anthropologie. L'auteur site par ailleurs La République des cousins de Germaine Tillon, spécialiste du Maghreb. 
Plus loin il écrit : "La famille et les communautés, c'est vraiment un des drames de ce pays. Ce sont deux mécanismes qui empêchent la formation d'un État de droit". 

Oui il y a beaucoup à dire sur les droits humains, des femmes, et des homosexuels, dans notre beau pays. Encore faut-il qu'ils existent ! Les mentalités, ce sont elles qui dictent nos comportements et agissent sur nous inconsciemment. Ils nous faut beaucoup de bonne volonté et de bonne foi pour s'en détacher et les contrôler avant qu'elles ne nous contrôlent. 

Un livre à lire pour apporter un éclairage de plus sur ce que nous vivons aujourd'hui au Liban. 

* Sélim Abou, L'identité culturelle. Relations interéthniques et problèmes d'acculturation, éditions Perrin.

L'esprit de famille. 77 positions libanaises, François Beaune, Éditions Elyzad, 2018




  

dimanche 29 décembre 2019

Visite du Musée Sursock

Monument aux Martyrs, dit Les Pleureuse,  par Youssef Hoyek, 1930
C'est la première fois que je pénètre dans cet ancien palais transformé en musée. Une exposition initulée Picasso et la famille occupe le premier étage. 


Je suis surtout intéressée par le deuxième étage qui loge la collection permanente : les peintres libanais, et surtout les peintres et sculptrices libanaises du XXième siècle. Je découvre les femmes artistes de notre revue Mïtra (Volume 3) que Yasmine Nachabe Taan, responsable du volet art visuelle de la revue, avait rassemblées.

Salwa Raouda Choucair,
Salwa Raouda Choucair
que je connaissais grâce au film d'Hejer Charf, Béatrice un siècle, Huguette Caland, qui nous a quittés il y a à peine trois mois, et son amie Helen Khal, à qui le musée avait consacré une salle, 
Helen Khal et Huguette Caland


Huguette Caland







la sculptrice Simone Fattal
Simone Fattal
et l'écrivaine et peintre Etel Adnan, rencontrées toutes les deux à Paris, la sculpture étonnement surréaliste de Dorothy Salhab Kazemi,
Dorothy Salhab Kazemi
les montages de Laure Ghoraib.
Laure Ghorayeb

J'apprends l'étroite collaboration d'Helen Khal avec les poètes de la revue de poésie Chi'r, devenue célèbre dans les années soixante grâce aux poètes Adonis et Aref El Rayes, marquant cette époque d'une vie riche en inventivité et en modernité. Le musée Sursock préserve cet héritage culturel précieusement. 
Helen Khal


À l'entrée du Musée, j'ai le bonheur de retrouver le Monument aux Martyrs, dit Les Pleureuses, érigé en 1930 par le sculpteur Youssef Hoyek. Il représente deux femmes du village, une chrétienne et l'autre musulmane, qui pleurent leurs morts, les deux mains posées sur une tombe commune. Cette sculpture fait écho, et présage les décennies qui allaient se répercuter au Liban, jusqu'aujourd'hui. Les Libanais ont appris de leur passé et refuse de le revivre perpétuellement. 
Revue numérique http://mitra.ca/

mercredi 25 décembre 2019

Place de la Thaoura





Place des Martyrs
C’est une surprise totale. Gladys, une amie de ma mère, m’appelle vers 18 heures pour m’annoncer un concert dans la petite église abandonnée du centre-ville de Beyrouth, et me propose de m’emmener, par la même occasion, visiter la place des Martyrs. Je n’en crois pas mes oreilles et la remercie chaleureusement pour son offre. Voir enfin la Place devenue historique, de la Thaoura. Nous dévalons à toute vitesse les  routes peu éclairées de la Montagne libanaise et nous avons la chance de stationner juste à l’entrée de la Place des Martyrs. Un barbier feint raser un client. Me voyant voulant le filmer, il nous accueille avec un « Ahlan Wa Sahlan ». Voilà le Liban que nous aimons. Vers 18 heures, un banquet était dressé pour un millier de personnes défavorisées. Au pied du sapin de la Révolution (Thaoura), garni de slogans, une chorale de Noël improvisée alterne chants de la Nativité et hymne national libanais. Les murs sont truffés de slogans. Les voix s’expriment en toute liberté. Même s’ils seccouent certaines mentalités telles libertés pour les LGBT. Encore faut-il comprendre le sens de ces initiales. (...à suivre)
Paix et avenir meilleur pour les Libanaises et Libanais. 

Gladys


Sapin fait en toile et décoré des slogans des manifestants



 
Les ruines de l'église Saint-Vincent de Paul 
 

mardi 10 décembre 2019

JOURNEYS by Nadine Ltaif, translation Christine Tipper




Je suis heureuse de vous annoncer la parution de la traduction anglaise d’un choix de mes poèmes regroupés sous le titre JOURNEYS, traduits par mon amie et poète Christine Tipper, aux éditions Guernica. 

Je suis honorée par ce troisième livre traduit publié chez Guernica et ma deuxième collaboration avec Christine Tipper qui a déjà traduit Entre les fleuves (Changing Shores) dans la même maison.



Nadine Ltaif's poems reflect deeply on the meaning of life, of regrets and the irrepressible determination to continue living. The poet takes us to Carthage; to Andalusia to contemplate its history of Moors, wars and religion; to India where women lives, past and present, are expressed through vivid imagery. Hamra sees the exiled poet return to Beirut, the childhood home she fled in 1975. Yet, her poems are full of colour and lightness as she explores her old neighbourhood. This you will not read is a letter of love and absence in Montreal. Journeys are inspirational for Ltaif.

Christine Tipper is an internationally published poet and translator living in England. She has a passion for languages, translation, and the creative arts in general. She translated

numerous poems from French into English, including Nadine Ltaif’s Changing Shores (Guernica, 2009), Danielle Fournier’s We come from the same light (Guernica, 2011), Francis Catalano’s Where spaces glow (Guernica, 2013), and Lélia Young’s I write these words, (Inanna, 2013). Her works appear in the following Anthologies: Domestic Cherry 3 (2013) and Osiris (2015).