Un os dans la neige de Pierre Nepveu
On est frappé dès l'ouverture du recueil par tant de désespoir. Par la grande douleur qui habite le recueil C'est comme entrer dans l'antichambre de ce qui sera la révélation et qui ne se révèlera jamais. C'est l'effroi qui nous saisit . Mais n'est-ce pas la force de la poésie ?
Lisez :
1.
Un os dans la neige, lancé là
peut-être par une main maléfique,
je l'aperçois par la fenêtre et me demande
si j'irai l'extraire du monticule durci
pour le jeter dans le bac à déchets,
je passe la nuit à vérifier s'il est toujours là
ou si ce n'était pas une illusion d'optique,
une tige, un bâton, une ombre
projetée par la pleine lune,
un jouet ou un mauvais tour,
et je pense : toutes les prophéties se réalisent,
tous les signes me parlent
du père qui n'est pas rentré de toute l'année
et qui s'est perdu sans laisser de traces,
c'est le squelette du père qui me parle,
c'est sa langue de glace et sa moelle de misère,
c'est un reste du père qui s'est brisé les côtes en marchant, qui s'est cassé les jambes en grimpant vers l'espoir,
le père dont les bras se sont détachés du corps
pour venir embrasser ce grand froid,
le père désarticulé comme un pantin d'infortune,
il me parle dans la nuit: vois ce qui reste,
vois combien je me suis purifié pour toi
il ne parle plus que par signes
de grande désespérance.
p.61
Un os dans la neige, Pierre Nepveu, éditions du Noroît, 2025