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mercredi 15 avril 2015

L'album multicolore de Louise Dupré

Peut-on raconter son enfance ? Y a-t-il un fil conducteur ? Les images, les scènes surgissent comme des fantômes. 
Écrire le récit que tous veulent lire. Lire notre propre histoire. Celle de voir les derniers jours de sa mère presque centenaire. Louise Dupré, avec le ton de la confidence, ou celle qui veut "se faire pardonner" elle - même, et démunie face à la douleur, comment ne pas souhaiter que cela se termine? Que ça se termine en beauté. Mais hélas, pouvons-nous savoir comment cela se terminerait ?
"La mère, morte, emporte l'humanité" écrit Paul Bélanger que l'auteure cite. 
Il y a le bruit familier de la machine à coudre Singer : "ce bruit familier, le grincement d'une pédale de machine à coudre qui nous endort, le soir,dans nos draps aux odeurs de corde à linge, combien de personnes l'entendront-elles en me lisant, combien de femmes alors au Québec cousait tard la nuit? " . Au Québec et au-delà jusqu'au bout de la méditerranée, le bruit de la même machine à coudre, symbole du travail au féminin.  "Même sans larmes, l'enfance reste tapie dans un coin sombre, elle nous guette . Elle ne meurt jamais . "

Louise Dupré, L'album multicolore, Héliotrope, 2014

lundi 27 octobre 2014

La ballade d'Ali Baba de Catherine Mavrikakis



Catherine Mavrikakis raconte l'histoire du père. Une peinture attendrie et écorchée de celle qui tente de faire le deuil de sa disparition. Relation houleuse, faite d'attractions et de rejets d'un père autoritaire, fantasque et attachant. Entre fiction et biographie, très vite on comprend qu'on ne pourra pas démêler les deux, car la fiction, par le style, toujours l'emporte sur la réalité. Le lecteur s'attache au portrait que l'auteure dresse de lui. Il s'attache même à son fantôme. La lectrice que je suis est avalée par la lecture du livre, tant il est séduisant du point de vue du style. Il m'est impossible d'arrêter ma lecture comme il a été impossible à la narratrice de ne pas écrire l'histoire du père, le Grec, l'Algérien, l'Américain, le Canadien, l'immigré de l'avenue du Parc.  Il y a des nécessités inévitables. On voit bien que les thèmes du cannibalisme et du deuil, sont les moteurs de création dans l'oeuvre de Catherine Mavrikakis (Deuils cannibales et mélancoliques (roman), Éditions Trois, 2000 ). Les mots reviennent nous hanter, nous visiter comme les souvenirs, comme le passé que nous avalons et qui nous ravale sans cesse. N'est-ce pas là l'interminable plaisir de la lecture-écriture ?  

La ballade d'Ali Baba de Catherine Mavrikakis, Les éditions Héliothrope , 2014, 213p