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lundi 17 octobre 2022

Le monde selon l’âne EO

 






Film du grand réalisateur Jerzy Skolimowski. Tourné à l'âge de 84 ans. Arrivé au sommet de son art, le réalisateur nous offre une lecture cinglante du monde : la vie d’un âne. Tout respire dans ce film. Respire, souffre, pleure et vit. L’impuissance de l’âne face aux crimes des humains. La souffrance qu’il subit. C’est le Candide dans le conte de Voltaire. Le paysage chez Skolinowski est un personnage en soi. Il est grandiose. C’est le plus beau film que j’ai vu au Festival du nouveau cinéma.

EO film par Jerzy Skolimowski, 88 min
Scénario : Ewa Piaskowska · Jerzy Skolimowski
Musique : Paweł Mykietyn
Avec Eo (joué par 6 ânes), Sandra Drzymalska, Tomasz Organek, Mateusz Kosciukiewicz et Isabelle Hupert.

samedi 24 avril 2021

Quo vadis, Aida ? de Jasmila Žbanić



Il y a des films qui vous secouent à la racine de votre histoire personnelle. Tel a été le cas, pour moi, de Quo vadis, Aida ? de la réalisatrice bosnienne Jasmila Žbanić, vu hier au cinéma Forum. Encore une fois, nous n’étions que cinq dans la salle pour un film qui brillera aux Oscars cette fin de semaine (je l’espère). C’est le massacre des musulmans bosniaques par Ratko Mladic, le commandant en chef de l'armée de la République serbe de Bosnie en 1995. Une guerre civile qui fait écho à la guerre civile libanaise. La réalisatrice filme les visages. Je ne saurais pas décrire toute la beauté des images dans ce film C’est aussi le jeu de l’actrice, Jasna Đuričić, interprète auprès des Casques bleus néerlandais, la mère qui veut sauver ses deux garçons en les cachant pour leur éviter le massacre, qui bouleverse et qui sert de fil conducteur. Quand Aida retourne dans sa maison occupée par une famille chrétienne, qui vit dans le lieu qui lui a appartenu, on ne peut que revivre la tragédie de tous les peuples déportés et contraints à l’exil : Palestiniens, Libanais, Arméniens, … L’universalité de ce film, son humanisme, mérite l’Oscar du meilleur film international. À voir absolument.


lundi 19 mars 2018

La forme de l'eau



   Vu il y a quelques jours, le film The Shape of Water. La forme de l'eau. On pourrait pousser la réflexion après la projection. Qu'est-ce qu'un humain. Un non humain. Un civilisé, un barbare ? Et remonter le questionnement jusqu'aux penseurs grecs, aux philosophes de l'antiquité. Car ce "monstre", il a appris le langage d'Elisa, la muette. Et son langage à lui, qui s'y est intéressé ? sinon Elisa même, la femme de ménage. Celle qu'on ne regarde pas sauf pour en abuser. Le médecin russe aussi va jouer un rôle important en refusant d'exterminer l'humanoïde. 
    Puisqu'il ne parle pas ma langue alors il n'est pas digne d'être considéré comme humain. Je pense à cet extrait, lu dans l'Éloge de la traduction où Barbara Cassin explique la notion du barbare.

Qu’est-ce exactement qu’un « barbare » ? Bla bla bla, balbus (« bègue »), Babel, babil. On l’entend : c’est une onomatopée pour désigner la confusion d’une langue qu’on ne comprend pas. Un barbare est quelqu’un dont on n’est pas vraiment sûr qu’il parle. Et puisque la définition de l’homme, c’est d’être un « animal doué de logos », est-ce vraiment un homme ?


Barbara Cassin

Éloge de la traduction 



Dans le film, la science veut déshumaniser le monstre, le jeter comme un déchet, comme un animal. Plusieurs fois, on y lira la critique du traitement qu'on réserve à l'animal dans le film. On le torture, on le dévore... Elisa Esposito, la citoyenne de deuxième classe, au nom hispanique, bien sûr, tombera amoureuse de l'humanoïde amphibien, elle entreprendra de le sauver, aidé par son coloc homosexuel et par le médecin dissident russe. Une histoire fabuleuse en résultera.