jeudi 2 janvier 2014

Berlin-Cinéma (titre provisoire) de Samira Gloor-Fadel





Un documentaire-fiction sur la création , sur le vide, sur l'histoire de Berlin, sur le mur qui existera "toujours", la cicatrice, le trou béant d'où passe la lumière : le vide qui fait exister la rencontre. La cinéaste suit Wim Wenders pendant qu'il tourne son film. Filme son entretien avec Jean Nouvel. Filme l'actrice de Wenders en train de réciter son scénario dans le Si loin, si proche. Et les plans voulus tels les tableaux de Hopper. Godard en voix off parle de la naissance du cinema:"il suffit d'une voiture, d'un homme et d'une femme" . Déjà il raconte son histoire du cinema. Par le traitement de l'image, le noir et blanc et la couleur, les ombres dramatiques sur les murs, Samira évoque un autre grand du cinéma : Hitchcock. Réflexions sur la mise en scène , les liens entre le cinema et le théâtre (Godard qui fait référence à Feydeau ). Wenders veut qu'on lise entre les images comme en poésie on lit le silence dans le blanc des vers. Samira Gloor-Fadel , elle, veut qu'on assiste à la douleureuse naissance d'un film.

P.S : j'avais vu le film une première fois à Montréal lors de sa présentation au Festival du Nouveau Cinéma et rencontré la réalisatrice pour la première fois. J'en garde encore l'agréable souvenir.


Berlin Cinéma - Titre provisoire 
un film de
Samira Gloor Fadel
Documentaire - s16 / béta - couleur et n&b - 106' - avec : Wim Wenders, Jean Nouvel, Thomas, et la voix de Jean-Luc Godard  - prod : Les Films de la Terrasse, la Sept arte -Suisse - 1997


lundi 30 décembre 2013

Sylvie Gendron, Robe et abrupt rocheux



Ma robe n'en finissait pas de s'allonger. Tes mains la brodaient en moi comme une éternelle rémission. Tes aiguilles me pénétraient amoureusement comme celles des feuillages résineux qui persistent malgré le froid. Alors que tes mains m'habillaient, les miennes, mises à nu, imploraient près du lit les roseaux guérisseurs. 



Une femme avance vers la déchirure. Son corps comme une écorce d'arbre accepte la nudité de la douleur , la traverse et la transcende. Tel est le recueil de Sylvie Gendron. Une traversée du miroir qui demande le courage d'affronter l'innommable par le biais des métaphores. La chair rejoint la terre. Et la terre reprend vie. À l'écoute de la création. Une femme assiste à sa propre renaissance.

Pour se procurer le livre : écrire à roseliere@hotmail.com

Sylvie Gendron, Robe et abrupt rocheux
Claude Drouin Éditeur , 2013

dimanche 22 décembre 2013

Voyage en République Dominicaine

Bb

Inspiré d'un fait réel *

À mon amie Helène M.

Comment savoir si je suis haïtienne ?  Vont-ils regarder mon visage pour déterminer les gènes qui circulent dans mon sang ? Brune ? mais un peu trop foncée. Mes yeux en amande ont-ils les couleurs d'Amsterdam ? Et mon accent espagnol, d'où vient-il ? Est-ce que je parle hollandais ? Sauront-ils la langue dans laquelle je pense ? Mes papiers sont-ils en règle ? J'ai trouvé la ruse pour effacer toutes traces de mes origines. De toute manière le récent tremblement de terre s'est chargé de tout raser de mon passé. Me voici avec une nouvelle chance pour vivre à quelques kilomètres à peine de la ville où je suis née. Quelle importance, dites-moi, le lieu de ma naissance si mes grands-parents ont ėté obligés de s'exiler, de migrer pour trouver un emploi, pour survivre à la misère ? Traquée et paranoïaque, je ne veux pas vivre ainsi le reste de mon existence.


*  Le 23 septembre 2013, la Cour constitutionnelle de la République dominicaine a pris la déplorable  et outrageante décision d'enlever la nationalité dominicaine à des centaines de milliers de dominicains d'ascendance étrangère.  Cette décision est d'autant plus inacceptable qu'elle a été appliquée rétroactivement à des personnes nées en sol dominicain après 1929 de parents désignés comme étant  en « situation de transit ». (Extrait d'une pétition reçue)




vendredi 6 décembre 2013

Haïti, kenbe la ! de Rodney Saint-Éloi





« Haïti, kenbe la ! Haïti, redresse-toi !», c’est ainsi que Rodney Saint-Éloi, directeur de la maison d’édition Mémoire d’Encrier, titre son récit du goudou-goudou, le séisme qui avait détruit Haïti il y a trois ans.
À peine arrivé à Port-au-Prince pour participer à l’événement littéraire Étonnants- Voyageurs, il allait vivre au jour le jour la tragique catastrophe.

« Comment peut-on tout ressentir en même temps, la mort et le goût extrême de vivre avec rage chaque seconde ? » . L’auteur nous relate sa descente aux enfers, à la manière de Dante, ou du Candide de Voltaire lors du tremblement de terre de Lisbonne. Toutes les tragédies se ressemblent, et la rage de vivre, de revivre l’histoire d’Haïti, depuis les débuts de la colonisation, de l’arrivée des esclaves, la révolte courageuse des Haïtiens, l’indépendance et les clivages sociaux. Deux camps, écrit-il : les riches et les pauvres, les mulâtres et les noirs. Tout est dans le regard comme le mentionne Robert Solé, lors d’un récent entretien. Celui de Rodney Saint-Éloi est fait de lucidité, et de lumière qu’il sait communiquer.

Tout est parterre : « le palais blanc qui abritait les fantasmes tyranniques des gouvernants du pays » « impossible à présent de fermer les yeux. Les présidents n’ont plus de fenêtres fermées sur le bidonville. Ils ne peuvent plus se cacher la vue de la misère ». Cette taboula rasa « ouvre la voie à toutes les utopies, aux rêves les plus fous », « Il reste à fonder un contrat social qui tient compte de tous les Haïtiens. » « Pourquoi a-t-il fallu un séisme pour sentir ce désir d’avoir cause commune ? » La catastrophe le pousse à s’interroger.  La modernité et l’intelligentsia haïtienne y sont évoquées : l’actualité du créole dans les écoles, et ceux qui rêvaient de société juste et égalitaire, de réforme, tous et tout sont « figés là sous les décombres ».

Tout est retourné à la terre : « les hypocrisies sociales. Les saints. Les églises. Les préjugés. Les classes. Les banques ». Et les enfants jouent encore.

L’auteur sait épouser le rythme et le mouvement de son peuple : « une mouche tournoie, un enfant saute à la corde, cinq chauffeurs réclament la même course, trois bagagistes se battent autour d’une valise », comment la vie continue malgré le cataclysme ? Un pasteur continue à célébrer un mariage alors que le marié est emmuré dans les pierres .
Saint-Éloi alimente son récit de sa trajectoire d’Haïtien exilé à Montréal, où il a fondé Mémoire d’Encrier, sa maison d’édition unique en son genre car il y publie une diversité remarquable de voix autochtones, et des écritures d’ici et d’ailleurs. Il nous transmet sa colère et sa critique de la société haïtienne. Fait de flash back son style est cuisant : une écriture qui vient du fond de sa gorge, habitée de cauchemars : « des images qui marchent en moi comme des araignées folles », et des enfants qui rient à côté de cadavres. Il regarde les choses comme il est au fond de lui.


Son journal de bord au lendemain du désastre nous bouleverse, comme la tragédie elle-même, par son incroyable force de vie.




Rodney Saint-Éloi, Haïti, kenbe la !, éditions Michel Lafon, 2010, 267p.
Préface de Yasmina Khadra


mardi 15 octobre 2013

Carmen Boustani, La guerre m’a surprise à Beyrouth




Sous l’horreur des bombardements de juillet 2006 au Liban, Carmen Boustani s’interroge sur cette guerre faite par les hommes et pour les hommes. Une guerre dont, comme dans toutes les guerres, les femmes et les enfants paient le prix. Carmen Boustani, professeure et essayiste, est connue pour ses publications sur l’écriture au féminin.
Une femme marche, revêtue seulement de sa dignité, à travers la ville détruite, effacée. Des populations démunies attendent les bateaux affrétés pour les transporter dans leur pays d’exil. Carmen Boustani dresse une fresque de l’exode des ressortissants libanais dans l’attente des navires qui viendront au secours des survivants.
L’écriture est un travail qui nous force à vaincre nos peurs. C’est ainsi que la guerre va pousser Yasmina, la narratrice, à aller plus loin dans la découverte de l’autre (et d’elle-même). Elle acceptera d’accompagner les journalistes dans le Sud dévasté, elle visitera Tyr meurtrie. Je ne peux m’empêcher de penser au film « Je veux voir » de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige où Catherine Deneuve s’aventure jusqu’aux frontières sud du Liban.
Aucun roman à ma connaissance n’avait encore relaté ce triste épisode de l’histoire du Liban : la guerre de juillet 2006 entre Israël et le Hezbollah.
La maison de Yasmina, la narratrice, sera le refuge de tous ces exilés survivants. Lama (l’amie de Yasmina) avec sa fille, qui partira en Grèce. Salma qui est remontée à pieds vers Beyrouth, n’ayant pu prévenir personne et sauvant sa peau.
Carmen Boustani parvient à décrire avec réalisme l’atroce tragédie qui a anéanti toute une région.

Pour survivre à l’horreur ? Yasmina concocte des mets directement sortis des livres de Colette. Les écrivaines et leurs recettes culinaires sont constamment présentes dans le roman de Boustani : les desserts d’Alice Toklas, les ragoûts de Colette. Et puis, il y a les mots, les mots analysés, dégustés, décortiqués au fil des pages. La narratrice s’installe devant son ordinateur : les mots « identité », « crime », ou bien le mot « saliver ». Elle questionne, goûte aux mots devenus matière vivante.
Il y a des passages bouleversants, tel celui de la mendiante qui sonne de porte en porte pour offrir contre une aumône un air de flûte.
D’autres, d’un comique presque caricatural : en pleines funérailles, une conversation « de femmes » : « ton tailleur est de chez… j’ai exactement le même ». Des Libanaises qui continuent malgré leurs malheurs à extraire de la beauté de leur quotidien et font ressusciter le Liban sous les absurdes bombes qui continuent de pleuvoir.
La narratrice, telle une magicienne, décrit « les aubergines dans leurs robes noires », les odeurs et parfums de thym de cet étonnant Liban, se délecte des mots qu’elle boit comme «les paroles d’une bouche aimée ». Enfermée chez elle, elle a le temps de revisiter son enfance, les photos de son grand-père, les vacances dans son village, le collège d’Antoura qui a logé Lamartine. Nous sommes emportés dans la lecture de ce récit fluide et sans complaisance qui nous révèle le talent caché d’une romancière.
Un récit écrit comme une résistance, une survie et qui fait un pied de nez aux artisans du malheur.
La guerre m’a surprise à Beyrouth, roman de Carmen Boustani, éditions Karthala, 2010, 251 p.











dimanche 8 septembre 2013

El entierro del conde de Orgaz de El Greco


À la mémoire de mon père


La visite deTolède, royaume déchu, je la dédie à la mémoire de mon père. Devant le chef-d'oeuvre d'El Greco, El entierro del conde de Orgaz, je reste figée, assistant à l'ascension de l'âme du Comte à la manière d'une résurrection du Christ. Le tableau résume une émotion. Devant ce tableau, quelqu'un a pu vivre une conversion. Non pas à une religion ou une autre. Plutôt à une expérience mystique comme a dû la vivre Sainte-Thérèse d'Avila ou al-Hallaj  . Une transfiguration qui naît après une longue méditation. Ce moment je l'ai vécu à la mémoire de mon père, qui  a quitté son corps terrestre il y a quatre mois exactement. C'est ainsi que la visite de Tolède devient un pèlerinage à la mémoire des huit cents ans de vie paisible entre les trois religions. 











jeudi 29 août 2013

Salles obscures disparues


À l'enseigne de la Sainte-Catherine

L'exposition photographique de Gabor Szilasi À l'enseigne de la Sainte-Catherine nous rappelle que toutes les salles du 7e art que nous aimions fréquenter ont disparu. Que dire alors du cinéma d'art et d'essai ! Le cinéma a besoin de lieux, d'espaces voués à la culture et à l'échange. 
Au coin des rues Clark et Sainte-Catherine Ouest vous pouvez voir jusqu'au 29 septembre 2013 les photographies du passé de la rue Sainte-Catherine. 












mercredi 7 août 2013

Anagramme d'une chaise



Joanne Germain, agente culturelle de la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal, n'a pas voulu faire ses adieux aux chaises de la salle de spectacle sans leur rendre hommage. Elle a organisé une installation en nommant l'artiste Louise Viger commissaire pour l'expo qui a pour thème et objet Les chaises. Ces dernières sont alors questionnées, imaginées, recyclées, magnifiées ou détruites comme une métaphore de l'acte de création.  Beauté, laideur, douleur, rire, érotisme, cosmos ou retour à la terre, lorsqu'on visite l'exposition "Anagramme d'une chaise" on s'offre un moment de réflexion.
Pierre Blache, Nul n'est prophète

Entre solitudes et dialogues, les chaises se questionnent. La photographe  Raymonde April refait une chaise à neuf. Les chaises de Martine Audet valsent dans son recueil de poèmes Orbite terrestre ou spatiale. "Qu'est-ce qu'une chaise" ? écrit la poète :"Chaque nuit/ détruit/ la chaise".


Martine Audet, La chaise ne me demande rien

























On entend deux coeurs battre lorsqu'on s'y assoit : ce sont les chaises qui conversent, de Bertrand R. Pitt. Oeuvre interactive. Pour André Greusard (l'artiste éclairagiste du lieu ) et Michel Tétreault,  des extraits de la Septième symphonie d'Anton Bruckner et des bribes d'entrevue de l'astrophysicienne Caroline Porco, sont activés quand le visiteur marche sous l'oeuvre. Une chaise devenue minuscule rappelle la fragilité de notre monde.



La chaise est recyclée en piano pour Christiane Desjardins.
Christiane Desjardins, Ils se sont découverts

















Le dossier de la chaise transformé en livres dechiqueté en forme de queue de paon pour l'éditeur de livres d'artiste, Jacques Fournier.
Pour Denise Desautels , la vision géante de la chaise populaire aspire à devenir une oeuvre d'art parmi les Chaises de Michel Goulet au parc Lafontaine. 
Miche Despatie nous le montre en train d'installer ses célèbres chaises au dit parc.
La chaise sans dossier de Louise Viger (commissaire de l'expo) accueille des hérissons, le regard rivé sur un paysage lyrique ( titre : Le grand air, opéra pour hérisson)
Louise Viger, Le grand air, opéra pour hérisson

La chaise devient acrobate (Claude Arseneault ), abeille (Marc Garneau), politique dans l'humour grinçant de Pierre Blache (Nul n'est prophète) en visite en Chine, il dédie LA chaise au dissident chinois Liu Xiaobo, prix Nobel de littérature, en l'insérant parmi les sièges de l'opéra de Pékin .
Jacques Fournier, Fleuron d'été
En entrant et sortant de la salle, et en boucle, le film Rêve d'une chaise de Hejer Charf, évoque un rêve érotique envoûtant,  dans le murmure de mots arabes chantonnés dans la salle, insistant sur la liberté de l'imaginaire, de nos jours menacée de censure dans certains pays de notre planète.

Hejer Charf, Rêve d'une chaise




On peut voir un video de 37 minutes monté par Stéphane Dionne, où quelques artistes parlent de leur rapport au le lieu , la Maison de la culture, et de leur chaise recréée. 



ARTISTES PARTICIPANTS


Kiran Ambwani, Raymonde April, Martine Audet, 

Claude Arseneault, Michèle Assal, Christian Barré, 

Khosro Berahmandi, Pierre Blache, Hejer Charf, 

Caroline Cloutier, Lucienne Cornet, Yvon et Monic Cozic, 

Noë Cropsal, Michel Dépatie, Denise Desautels, 
Marie-Suzanne Désilets, Christiane Desjardins, Patrick Dionne, 
Stéphane Dionne, Lalie Douglas, Gilbert Duclos, 
Suzanne Dubuc, Serge Fisette, Jacques Fournier, 
Marc Garneau, Miki Gingras, Kakim Goh, Michel Goulet,
André Greusard, Horta van Hoye, Emmanuelle Jacques,
Harlan Johnson, Éric Ladouceur, Laurent Lamarche, 
Éric Lamontagne, Françoise Lavoie, Jean-François Leblanc, 
Louise Mercure, Allison Moore, Serge Murphy, 
Julie de Oliveira, Violène Ponce, Bertrand R. Pitt, 
Ianick Raymond, Étienne Rochon dit Arthur Desmarteaux, 
Geneviève Turcotte, Eric Sauvé, Rafaël Sottolichio, 
Michel Tétreault, Sarla Voyer, Louise Viger, Loren Williams.

ENTRÉE LIBRE

Jusqu'au 25 août 2013
Maison de la culture Plateau-Mont-Royal
465, avenue du Mont-Royal Est.

VENTE AUX ENCHÈRES PUBLIQUE : Jeudi 22 août 2013, 18 h
(Animation : Gilles Daigneault)