Ishtar rassemble ses coups de coeur, qu'ils soient littéraires, cinématographiques ou artistiques pour les partager avec vous.
mardi 7 mai 2013
vendredi 3 mai 2013
Un dieu qui danse : les romans de Imane Humaydane
J'ai lu deux livres de Imane Humaydane traduits de l'arabe: Mûriers sauvages et D'autres vies.
Dans ses deux livres, Imane Hymaydane dénonce la condition de la femme
arabe. Dans Mûriers sauvages, Sara, l'enfant qui ne parle pas. Née
dans l'univers machiste des hommes, d'un père dont elle craint la colère, la
jeune fille observe, regarde, rarement prend la parole, dans le village druze
aux coutumes très bien décrites.
Un monde aux mentalités inchangées qui vit au cycle des saisons, dans le domaine des vers à soie du
grand-père. Les Druzes ont un secret bien caché dans leur Livre de Sagesse
enfermé à double tour dans un placard, la clé enfouie entre les seins de la
tante de Sara. Les Druzes croient en la métempsycose , ils ne croient pas à
l'enfer, "vous disparaissez dans l'au-delà pour revenir presque aussitôt
ici-bas". Un livre réservé aux initiés.
C'est ainsi que la narratrice D'autres vies revient au Liban, le lieu de
sa naissance, comme un retour sur terre. Tous les expatriés ressentent cette
sensation un jour ou un autre, avant qu'un autre lieu d'appartenance naisse en
eux. Quand un autre espace fera "sens pour eux.
Dans D'autres vies, le récit se déroule dans trois pays. Au Kenya , en
Australie et au Liban. À Beyrouth où la narratrice retourne sans pouvoir
déterminer si elle pourra y rester ou repartir.
Beyrouth, la ville éraflée, aux cicatrices encore prêtes à se rouvrir pour
laisser couler les épreuves du passé. Comme beaucoup d'autre expatriés, Myriam
peine à croire que la guerre est finie et qu'il n'y aura plus ni peur, ni
barricades. Le plus douloureux est l'absence des disparus, "pas morts, pas
en vie, entre deux demeures". Un peu comme Myriam qui ne sait plus
quel lieu "fait sens pour elle" . Est-ce son instabilité qui cause
son angoisse ou est-ce dû à la guerre ? A-t-elle le droit de se souvenir, elle
qui est partie et qui ne l'a pas vécue ? Elle se remémore le passé, alors que
ceux qui sont restés ont réussi à l’oublier. Elle aspire à une vie qui
recommence à zéro pour pouvoir admirer un "soleil qui ne lui rappelle
aucun hier, aucune guerre". Elle est elle-même une absente, une disparue,
qui réapparait tel un fantôme.
Elle cherche à travers ses nombreux amants le plaisir du retour à la vie. La narratrice parie
sur l'amour et échoue. Entre Chris, l'Occidental, et elle, deux mondes
étanches. Est-ce la langue qu'elle ne partage pas pleinement avec lui, qui crée
ce gouffre ? Et Nour, le Libanais intellectuel qui lui inspire une passion
dévorante ? Pourra-t-elle le retenir ?
Trouver un sens à l'existence, telle est la quête de Myriam, malade du
souvenir de la guerre. Elle réussit à s'en affranchir par le rire, le jeu, ou
en chantant les chansons d’Asmahan. Le nom de la chanteuse Asmahan que sa mère
n'avait pas réussi à lui donner à sa naissance. Une mère muette, car incapable
de mentir, elle avait choisi le silence.
"Il est difficile de croire en un dieu qui ne danse pas" écrit la
narratrice en citant Nietzsche.
Si les personnages des romans de Imane Humaydane choisissent de se taire,
l'écrivaine, elle, choisit l’écriture pour donner une voix à leur existence et
leurs histoires.
Imane Humaydane, Mûriers sauvages, Paris, Verticales, 2007
traduit de l'arabe (Liban) par Valérie Creusot
Imane Humaydane, D'autres vies, Paris, Verticales, 2012
traduit de l'arabe (Liban) par Nathalie Bontemps
jeudi 25 avril 2013
Sur un nuage entre Beyrouth et Paris
Mon voisin d'avion est beau. Son nez surtout quand il enlève ses lunettes. Ses cheveux poivre et sel. Il est chef cuisinier. Il voyage à travers le monde pour partager ses recettes de cuisine italienne. Il est vénitien. Il revient du Liban, comme moi. L’objet de notre conversation : son bracelet du saint maronite, saint Charbel. Étiez-vous en pèlerinage ? Non … c’est une longue histoire. Et le voilà en flots de paroles. Une amie me l’a offert. Elle a été miraculeusement guérie après un pèlerinage à Saint Charbel. Était-elle libanaise ? Non, Italienne. Et votre vie a changé depuis que vous portez ce chapelet ? Oui. Mais je ne porte pas que lui… Il me montre un cordon de plusieurs nœuds à son poignet droit.
C’est un moine bouddhiste qui me l’a offert. Un moine de Hong Kong rencontré je ne sais plus dans quel pays. Et puis ? J’ai alors reçu une invitation pour aller à Hong Kong. Mais surtout… Il me brandit un ruban qu'il porte autour du cou. Et ceci. Je suis émerveillée. Tous ces talismans. J’ai été aussi guéri miraculeusement. Des médecins m’ont dit : Tu as le choix. J’ai choisi la vie. Je ne comprenais pas. Je demandais : Comment vous avez choisi ? Les médecins m’ont fait entrer dans un tunnel, et au bout, je me suis retrouvé face à mon choix : Qui avez-vous rencontré ? Un ange. Et cet ange m’a dit : Retourne à la vie. J'étais propulsée dans un univers dantesque. L'ange a poursuivi : Retourne à la vie mais à une condition. Tu œuvreras pour les enfants qui souffrent de leucémie. Et me voilà retourné dans notre monde. Nous voyagions lui et moi sur un nuage entre Beyrouth et Paris. Il devait prendre sa correspondance pour Venise. Moi, la mienne pour Montréal.
Et depuis j’œuvre auprès d’une fondation pour les enfants leucémiques. Je ne cherche pas à être riche. Je leur ai donné la moitié de ma fortune. C’est vraiment un homme qui me ressemble. Aussi dématérialisé que moi mais ô combien plus philanthrope que moi. Je l’admire.
mardi 5 mars 2013
Camilla Adami
Camilla Adami donne une conférence à l'Institut italien de la culture à Montréal le 7 mars à 18h30
1200 ave. Dr. Penfield
À ne pas manquer.
Des tableaux de la peintre italienne Camilla Adami sont exposés à Montréal, dans le cadre de l'installation visuelle de la cinéaste Hejer Charf.1200 ave. Dr. Penfield
À ne pas manquer.
L'exposition intitulée "Le cinéma de Sisyphe- 100 x recommencé", se poursuit du 15 février au 17 mars 2013, à la Maison de la culture Plateau Mont-Royal.
L'oeuvre de la peintre italienne Camilla Adami a été exposée dans le monde entier. Entre autres, au Centre Pompidou à Paris, au Mexique, en Italie, en Chine, en Espagne, en Norvège... Elle a également exposé avec son époux, le peintre Valerio Adami à la Maison Elsa Triolet et Aragon et la Società Promotrice de Turin. Jacques Derrida, Michel Onfray, Jacques Dupin et d'autres écrivains ont écrit sur son oeuvre.
http://www.youtube.com/watch?v=DGS4twHBMdM&list=WLDC7D980D16135356
![]() |
| Camilla Adami et Hejer Charf à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal |
jeudi 28 février 2013
L'Orient méditerranéen dans la poésie de Nadine Ltaif
Antoine Sassine
Mont Royal Collage, Calgary, Canada
Mont Royal Collage, Calgary, Canada
Il y a dans la poésie de Nadine Ltaif à la fois une inquiétante douceur et une lumineuse clarté. Pour mieux pénétrer dans l’intimité de son univers poétique, il est important de souligner l’aspect hautement autobiographique qui l’imprègne et les métamorphoses intérieures vécues ou subies par le moi grâce à l’apport bénéfique de certains mythes fondateurs.
Une lecture attentive révèle que sa poésie s’ouvre souvent sur l’angoisse de l’exil mais aboutit toujours à un sentiment de bien-être fondamental. On ne tarde pas à s’apercevoir que Ltaif, rebelle plutôt que résignée, attentive aux impulsions les plus secrètes de son moi intime, possède cette force de transformer la douleur en énergie créatrice qui, grâce à l’évocation des mythes connus en Orient méditerranéen, transfigure et dynamise son existence d’un nouvel enracinement régénérateur.
En parcourant les quatre premiers recueils poétiques qu’elle a publiés, on trouve un extrait significatif qui révèle et résume parfaitement le cheminement et l’aboutissement de son parcours poétique :
Mon imagination séduite, infidèle, et ma soif de mémoires anciennes jamais répue, toujours débordante comme un fleuve. La rivière du rêve m’entraîne. Le berceau des mythes m’ouvre le Livre d’infini de l’écriture qui console. Une solitude que tu savoures enfin ! (EF, 30).
Abstract: The imaginary world of Lebanese Canadian exiled poet Nadine Ltaif is rooted in the context of middle-eastern geography and mythology. Any attempt at understanding her poetic experience must be anchored in Mediterranean symbolism. This article explores the theme of exile in the poetry of this poet and identifies four essential mythological figures: Ishtar, Phoenix, Agar and Hecate. Ltaif invokes these symbols and reconstruct their metaphoric meanings in order to seek a metaphysical remedy for her anguish. The analysis of these Mediterranean symbols reveals a metaphysical process or a quest which begins with the exploration of the anguish of uprootedness and exile, reaches an emotional catharsis that desperately searches for a emotional refuge and finally leads to the emergence of a feeling of liberation and plenitude.
réf : http://phantasma.ro
vendredi 15 février 2013
Installation visuelle de la cinéaste Hejer Charf
LE CINÉMA DE SISYPHE
100 x RECOMMENCÉ
Installation visuelle de la cinéaste Hejer Charf
Hejer Charf expose des vestiges d’un scénario qui n’est pas devenu film. À chaque projet, la cinéaste reprend la route de l’aventure et continue inlassablement son chemin, avec une seule et même idée constamment renouvelée: produire et réaliser des films.Contaminations, deux diptyques de Camilla Adami font partie de l'installation visuelle. La peintre italienne plonge son regard dans les zones d’ombre de nos corps et porte le beau par-delà l’intelligence convenue. “Je me sentais vulnérable, assailli par une autre espèce de vérité.”, a écrit Jacques Derrida à propos de son oeuvre.
Camilla Adami parlera de sa peinture le jeudi 7 mars à 18h30, à l’Institut culturel italien de Montréal.
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Notice biographique
Hejer Charf est réalisatrice, productrice, fondatrice de Nadja Productions. Elle a réalisé des documentaires, plusieurs courts et moyens métrages et le long métrage Les Passeurs qui a reçu le Sceau de la Paix de la Ville de Florence en Italie.
Elle a produit les spectacles de l'actrice française Anna Karina et de Philippe Katerine au Québec, ainsi que le film Victoria écrit, réalisé et joué par Anna Karina.
La poète Nadine Ltaif est assistante sur les projets de Nadja Productions depuis la création de la société.
http://www.iicmontreal.esteri.it/IIC_Montreal/webform/SchedaEvento.aspx?id=335&citta=Montreal
http://www.accesculture.com/activite/Le_cinema_de_Sisyphe___100_X_fois_recommence
www.hejercharf.com
nadja@ca.inter.net
jeudi 24 janvier 2013
Etel Adnan, au coeur du coeur d'un autre pays
Au coeur du coeur d'un autre pays, Tamyras, Beyrouth, 2010
Poète, romancière, peintre, Etel Adnan dont l'oeuvre traverse le vingtième siècle nous convie à une fiction autobiographique qui mêle souvenirs et réflexions sur la création et l'écriture. Les fragments en prose, dont les titres reviennent, vagues répétitives qui ramènent avec elles les vestiges des mers et des océans. Car on oscille entre les mers de Méditerranée : Grèce-Liban, et l'océan Pacifique : la maison de Californie où elle a vécu cinquante ans.
Un thème revient au long des pages, celui "d'être jamais complètement où l'on est". "La grande affaire de la vie c'est de ne pas être où vous vous trouvez." Il faut comprendre alors le titre du livre "Au coeur du coeur d'un autre pays" sous cet éclairage : aller au fond de soi quand le soi est ailleurs. Est autre. Le soi est un pays. Ailleurs.
La maison, le lieu, le corps, la guerre.
Voir défiler la pellicule du souvenir des guerres dans son cerveau, voir "les soldats anglais marchant dans Beyrouth, " par exemple. Beyrouth qui prend une place importante dans ce recueil en prose. "Beyrouth, irrespirable, devenue la ville la plus cruelle au monde. " " Je ne sais pas de quelle manière je vais mourir dans cette ville où l'argent et la mort sont mêlés. Ils vendent la mort à Beyrouth comme en France on vend le vin. Pour le plaisir."
Les fils métalliques.
"Le tissu de ce siècle est constitué de fils métalliques : les camps allemands entourés de barbelés dans toute l'Europe et en Grèce, les clôtures anglaises en Égypte, les barrières israéliennes en Palestine à la frontière sud du Liban..."
Quand Etel va aux funérailles d'Oum Kalsoum elle voit "la foule devenue mer enveloppant son corps".
Ce sont les correspondances entre mer et terre, animal et humain qui s'amalgament dans son cerveau. "Qui dit que les animaux ne sont pas des personnes ?"
"Tel un saumon je suis revenue ici pour mourir."
"Poisson, je suis le saumon indien originaire d'une terre arabe."
Ma maison, ce lieu, ce corps.
Elle ne peut que s'habiter elle-même, habiter son corps.
Son mysticisme est à l'image du syncrétisme libanais, moyen-oriental, comme on le vit en terre du Levant.
Une église un certain jour de Pâques, le chant du muezzin comme une lamentation. Elle passe à travers les sensations de son corps et de ses souvenirs d'enfance. De la résurrection au parfum de sainteté, de la fin du jeûne du Ramadan. "Ma querelle avec l'église est si ancienne que je pense que j'ai dû vivre un jour en Espagne sous l'Inquisition," écrit-elle.
Tout le chapitre IV est consacré à Lawrence d'Arabie à qui Etel rend hommage et qui a collaboré à la libération du monde arabe.
Elle déconstruit les préjugés quand elle annonce à une survivante d'un camp de concentration de la Seconde Guerre mondiale, au risque de la décevoir, que l'Arabie n'existe pas.
Le dernier chapitre oscille entre le goût et le dégoût de vivre.
"Entendre la bande-son de la guerre en Irak et être stupéfaite par la beauté des couleurs du printemps dans la maison de Californie."
Avoir honte d'être bien alors que d'autres meurent de faim sous les bombes. La lassitude d'exister, l'usage de l'infinitif qui entrave toute action. Ou "perdre le sens de toute raison d'être" malgré la beauté d'un jardin naissant ou d'un bon repas.
Le dernier chapitre tout en paradoxes invoque le poète irakien Badr Shaker al Sayyab pour "l'informer que Bassora est sous les bombes" ou les poèmes d'Inanna, et les dieux babyloniens devenus impuissants.
Des images, des souvenirs, et au final rappeler que le code de Hammourabi est l 'un des premiers qui traite des lois des Droits de la personne.
Etel Adnan, poète et philosophe de notre temps, nous rappelle que le corps et l'esprit font toujours un dans un poème.
Bibliographie :
http://www.eteladnan.com/
Poète, romancière, peintre, Etel Adnan dont l'oeuvre traverse le vingtième siècle nous convie à une fiction autobiographique qui mêle souvenirs et réflexions sur la création et l'écriture. Les fragments en prose, dont les titres reviennent, vagues répétitives qui ramènent avec elles les vestiges des mers et des océans. Car on oscille entre les mers de Méditerranée : Grèce-Liban, et l'océan Pacifique : la maison de Californie où elle a vécu cinquante ans.
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| Etel Adnan décembre 2012 (photo : Nadine Ltaif) |
La maison, le lieu, le corps, la guerre.
Voir défiler la pellicule du souvenir des guerres dans son cerveau, voir "les soldats anglais marchant dans Beyrouth, " par exemple. Beyrouth qui prend une place importante dans ce recueil en prose. "Beyrouth, irrespirable, devenue la ville la plus cruelle au monde. " " Je ne sais pas de quelle manière je vais mourir dans cette ville où l'argent et la mort sont mêlés. Ils vendent la mort à Beyrouth comme en France on vend le vin. Pour le plaisir."
Les fils métalliques.
"Le tissu de ce siècle est constitué de fils métalliques : les camps allemands entourés de barbelés dans toute l'Europe et en Grèce, les clôtures anglaises en Égypte, les barrières israéliennes en Palestine à la frontière sud du Liban..."
Quand Etel va aux funérailles d'Oum Kalsoum elle voit "la foule devenue mer enveloppant son corps".
Ce sont les correspondances entre mer et terre, animal et humain qui s'amalgament dans son cerveau. "Qui dit que les animaux ne sont pas des personnes ?"
"Tel un saumon je suis revenue ici pour mourir."
"Poisson, je suis le saumon indien originaire d'une terre arabe."
Ma maison, ce lieu, ce corps.
Elle ne peut que s'habiter elle-même, habiter son corps.
Son mysticisme est à l'image du syncrétisme libanais, moyen-oriental, comme on le vit en terre du Levant.
Une église un certain jour de Pâques, le chant du muezzin comme une lamentation. Elle passe à travers les sensations de son corps et de ses souvenirs d'enfance. De la résurrection au parfum de sainteté, de la fin du jeûne du Ramadan. "Ma querelle avec l'église est si ancienne que je pense que j'ai dû vivre un jour en Espagne sous l'Inquisition," écrit-elle.
Tout le chapitre IV est consacré à Lawrence d'Arabie à qui Etel rend hommage et qui a collaboré à la libération du monde arabe.
Elle déconstruit les préjugés quand elle annonce à une survivante d'un camp de concentration de la Seconde Guerre mondiale, au risque de la décevoir, que l'Arabie n'existe pas.
Le dernier chapitre oscille entre le goût et le dégoût de vivre."Entendre la bande-son de la guerre en Irak et être stupéfaite par la beauté des couleurs du printemps dans la maison de Californie."
Avoir honte d'être bien alors que d'autres meurent de faim sous les bombes. La lassitude d'exister, l'usage de l'infinitif qui entrave toute action. Ou "perdre le sens de toute raison d'être" malgré la beauté d'un jardin naissant ou d'un bon repas.
Le dernier chapitre tout en paradoxes invoque le poète irakien Badr Shaker al Sayyab pour "l'informer que Bassora est sous les bombes" ou les poèmes d'Inanna, et les dieux babyloniens devenus impuissants.
Des images, des souvenirs, et au final rappeler que le code de Hammourabi est l 'un des premiers qui traite des lois des Droits de la personne.
Etel Adnan, poète et philosophe de notre temps, nous rappelle que le corps et l'esprit font toujours un dans un poème.
Bibliographie :
http://www.eteladnan.com/
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| Simone Fattal, Nadine et Etel (photo, Nadine Ltaif Paris 2012) |
dimanche 20 janvier 2013
jeudi 17 janvier 2013
LE CINÉMA DE SISYPHE : 100 X FOIS RECOMMENCÉ - expo d'Hejer Charf
La cinéaste Hejer Charf expose divers avatars et artéfacts nés des vestiges d’un scénario qui n’est pas devenu film. Un peu comme la figure mythologique de Sisyphe qui pousse sans cesse sa pierre, l’artiste poursuit sa quête inlassablement, menant sur des chemins nouveaux et différents, avec une seule et même idée constamment renouvelée. Anna Karina, Philippe Katerine et Camilla Adami figurent dans son champ de bataille.
Du 15 février 2013
Au 17 mars 2013
Disponible le 15 février 2013
Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal
Entrée libre
http://www.accesculture.com/activite/Le_cinema_de_Sisyphe___100_X_fois_recommence
http://www.hejercharf.com/Nadja_productions/news.html
Du 15 février 2013
Au 17 mars 2013
Disponible le 15 février 2013
Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal
Entrée libre
http://www.accesculture.com/activite/Le_cinema_de_Sisyphe___100_X_fois_recommence
http://www.hejercharf.com/Nadja_productions/news.html
samedi 12 janvier 2013
La dame à la canne rose
Je compte goûter à chaque minute, à chaque seconde et demi-seconde de ces moments avant le depart de Joël pour la Suède. Il est joyeux et dynamique. Un plaisir de le regarder. Avec ses cheveux qui ondulent sur ses épaules.
Nous sommes à Varadero, Cuba.
Au petit-déjeuner, derrière moi se tient un couple d'hommes. L'un marche avec une grosse canne rose. Je l'ai pris pour une femme. Avant de l'entendre parler de sa voix grave. Je pense que tous les deux viennent de Suède. Ce serait vraiment un incroyable hasard.
Je me dis devoir ne pas rater cette chance. De m'ouvrir sur une nouvelle rencontre. Son compagnon gentiment propose à la table voisine de les prendre en photo.
Êtes-vous de Suède ? demande-t-il. Are you Swedish?
No . From Austria.
Je vais me servir. Puis retourne m'asseoir à la terrasse. En passant, je souris à la dame à la canne rose. Je termine mon petit-déjeuner et me lève pour partir. Le courage me prend et je demande à la dame et à son compagnon : Êtes-vous "Swedish" ?
No. Canadian, me répond-elle.
C'est que mon fils s'en va en Suède pour cinq mois, pour un échange d'étudiants.
Son compagnon me répond: Ah ! Il va adorer. Je suis allé à Stockholm plusieurs fois. On peut visiter des îles par bateau. C'est splendide.
La dame à la canne rose me répond : Ne vous inquiétez pas pour lui, il sera très bien.
Je pensais que l'échange allait s'arrêter là. Je me trompais. Plus tard en matinée, j'attendais au lobby l 'ouverture du bureau des réservations de restaurants. La dame à la canne rose réapparait. Cette fois, elle s'avance vers moi, me sourit: Puis-je m'asseoir avec vous ?
Bien sûr.
Elle me demande combien m'avait coûté mon forfait. Je réponds : 800 $
C'est mon fils qui l'a trouvé sur internet. D'habitude nous avons un agent.
Nous, c'est l'inverse, me dit-elle. Nous achetons toujours par internet. Cette fois-ci nous l'avons trouvé par un agent. Ça nous a coûté plus cher.
Vous restez pour Noël ?
Non pour Hanouka
Je souris.
Elle me demande
Vous êtes libanaise ?
Oui.
Nous avons un ami Libanais, Albert Cohen
Comme le romancier français ?
Oui. Il avait été kidnappé pendant la guerre dans les années soixante-dix.
Il avait dû payer une rançon qui l'a dépouillé complètement. Il avait quitté rapidement Beyrouth.
Je voulais lui raconter que nous avions eu aussi un épisode d'exode. Mais elle parlait trop. Elle portait le signet rose. Je confondais les couleurs et le pris d 'abord pour un signet rouge. Le signet était rose comme sa canne. Elle m'expliqua qu'elle avait fait l'ablation des deux seins. Et qu'à présent, le cancer était à sa deuxième phase.
Mais ses souffrances ne s'arrêtaient pas là. Elle était née après la guerre, elle n'avait donc pas souffert directement de l'Holocauste. Ses parents étaient des survivants de la Shoah. Ce doit être insupportable de survivre à l'extermination et devoir encore mourir. Certains comme Primo Lévi ne le supportent pas et se suicident.
Le lendemain, nous visitions La Havane, qu'on aurait dit sortie d'une guerre. Des villas édentées, délabrées depuis la Révolution de 1957.
Je ne sais comment terminer mon histoire. La personne que j'avais pris pour la femme à la canne rose était-il un homme ? Je n' en étais pas convaincue, malgré le fait de l'avoir constaté par moi-même, l'ayant vue en maillot sur la plage. Mais c'est surtout moi qui me dévoilais en avouant l'importance que j'accordais au genre. Car peu importe en effet que cet être soit homme ou femme. Il/elle a marqué mon séjour et c'est ce souvenir que je choisis pour consigner dans mon carnet. Joyeux Noël - ou heureuse Hanouka - au fond, c'est du pareil au même.
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